Le retour sur investissement est l’argument le plus utilisé et le moins mesuré des projets d’IA : on le promet sur une diapositive, on ne le vérifie jamais. Un calcul honnête tient pourtant sur une page. Il demande une mesure avant l’IA, tous les coûts, et une marge de prudence. Voici la méthode en quatre étapes, puis un exemple complet.

Étape 1 : mesurer le temps actuel

Sur le processus visé, avant que l’IA n’arrive :

  • Le volume : combien de tâches par semaine (relances, offres, comptes rendus, réponses).
  • Le temps par tâche : en minutes, chronométré sur une semaine représentative, pas estimé de mémoire.
  • Le coût horaire chargé : salaire, charges sociales et frais de poste ramenés à l’heure, pas le salaire brut seul.

Cette mesure du jour 0 est le point de comparaison. Sans elle, le calcul se fait sur une base qu’on peut déplacer après coup. Le pilote de 30 jours la prévoit dès le cadrage.

Étape 2 : compter le gain net

Le gain n’est pas « la tâche disparaît ». C’est « la tâche passe de tant de minutes à tant de minutes », mesuré pendant le pilote :

  • Temps après, relecture et corrections comprises. Si l’IA fait gagner dix minutes mais qu’il faut en passer quatre à corriger, le gain est de six.
  • Usage réel. Comptez les tâches réellement traitées avec l’IA, pas le potentiel. Si huit relances sur quinze passent par l’outil, comptez huit.

Étape 3 : additionner tous les coûts

Sur la même période :

  1. Les licences des utilisateurs actifs, au prix public de l’éditeur.
  2. La mise en place : le Workshop IA, CHF 1'900 hors TVA pour 4 heures.
  3. Le suivi : l’Accompagnement IA, par exemple la formule Essentiel à CHF 1'800 par mois pour 10 heures, trois mois minimum.
  4. L’exploitation s’il y a une automatisation : consommation du modèle d’IA, hébergement, maintenance.

Étape 4 : calculer et décider

Bénéfice net = heures nettes gagnées × coût horaire chargé − coût complet, sur la même période.

ROI (%) = bénéfice net ÷ coût complet × 100.

Refaites le calcul avec une hypothèse prudente : moins d’utilisateurs actifs, plus de corrections. Si le résultat reste positif, l’usage tient. S’il n’est positif que dans l’hypothèse favorable, c’est un pari, à traiter comme tel. S’il est négatif dans les deux cas, on ne signe pas.

Un exemple complet sur trois mois

Hypothèses de calcul, à remplacer par vos propres mesures : une PME de trente personnes, dont huit utilisent l’IA chaque semaine pour les offres, les courriers et les comptes rendus. Pendant le pilote, ces huit personnes ont gagné en moyenne 1 h 30 nette par semaine chacune, relecture comprise, soit 12 heures par semaine pour l’équipe. Coût horaire chargé : CHF 80.

Coûts sur trois mois

  • Workshop IA : CHF 1'900
  • Accompagnement IA, formule Essentiel, trois mois : CHF 5'400
  • Licences : 8 utilisateurs × CHF 30 par mois (hypothèse) × 3 mois = CHF 720
  • Total : CHF 8'020

Gain sur trois mois (13 semaines)

  • 12 heures × 13 semaines = 156 heures
  • 156 heures × CHF 80 = CHF 12'480

Résultat

  • Bénéfice net : CHF 12'480 − CHF 8'020 = CHF 4'460
  • ROI : 4'460 ÷ 8'020 × 100 = environ 56 %
  • Seuil de rentabilité : CHF 8'020 ÷ CHF 80 = environ 100 heures sur le trimestre, soit à peu près une heure par semaine et par utilisateur actif.

Si, dans l’hypothèse prudente, seules cinq personnes gagnent une heure par semaine, le gain tombe à 65 heures et le trimestre est déficitaire : c’est exactement l’information qu’il faut avoir avant de signer. Après les trois mois, si l’équipe continue seule, il ne reste que les licences comme coût fixe, et le même gain devient nettement rentable.

Les trois erreurs qui gonflent un ROI

  1. Compter le temps libéré comme de l’argent. Des heures libérées sont une capacité. Elles deviennent une économie si elles évitent une dépense ou absorbent une charge réelle.
  2. Oublier la relecture. Un gain mesuré sans le temps de correction est une projection, pas une mesure.
  3. Calculer sur le potentiel. Toute l’équipe n’utilisera pas l’outil sur toutes les tâches. Calculez sur l’usage observé.

Ce que le ROI ne dit pas

Le ROI dit si un usage est rentable, pas s’il est souhaitable. Un usage peu rentable mais sans risque peut se garder parce qu’il améliore la qualité ; un usage très rentable mais qui expose des données protégées peut se refuser. La décision combine le calcul et la grille gain / effort / risque du guide trouver les trois bons cas d’usage. Pour le détail des postes d’un budget, voir combien coûte l’IA pour une PME suisse.